Défaillances d’entreprises : une accalmie qui laisse les petites structures dans le rouge

Les chiffres du troisième trimestre viennent de tomber, et ils dessinent un paysage en demi-teinte. Selon l’étude trimestrielle du cabinet Altares publiée le 13 octobre, 14 652 procédures collectives ont été ouvertes en France entre juillet et septembre, soit une hausse limitée à 0,5 % sur un an. Une quasi-stabilité qui ressemble à une accalmie après des années de dégradation — mais qui masque une réalité beaucoup plus rude pour les plus petites structures.

Une stabilisation en trompe-l’œil #

Sur douze mois glissants, le total des défaillances approche désormais les 72 000 procédures, un niveau historiquement élevé. Comme le relève TPE Actu, le seul mois de septembre concentre environ 7 100 dossiers, un record selon Altares. Autrement dit : le rythme ne s’emballe plus, mais il reste calé sur des plus hauts.

La tendance rejoint celle observée par la Banque de France, dont le dernier pointage mensuel recensait 70 605 défaillances cumulées sur douze mois à fin juillet, un chiffre quasiment stable par rapport au mois précédent, et une stabilité qui se retrouvait dans la plupart des secteurs et des tailles d’entreprises.

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Les moins de trois salariés paient le prix fort #

C’est la ligne de fracture du trimestre. Les entreprises de moins de trois salariés totalisent 10 960 procédures, en hausse de 2,9 % sur un an, et représentent près de 75 % des dossiers recensés. Dans cette catégorie, les redressements judiciaires progressent de 8,2 % et les liquidations judiciaires directes de 0,9 % : quand une très petite structure trébuche, elle passe de plus en plus souvent directement par la case tribunal.

Les jeunes entreprises restent elles aussi surexposées : 2 148 procédures pour les moins de trois ans (+2,7 %) et 4 046 pour les trois à cinq ans (+3 %). Ensemble, ces entreprises de moins de six ans pèsent environ 42 % des jugements du trimestre — un rappel que les premières années demeurent, de loin, les plus dangereuses.

Des secteurs qui respirent, d’autres qui plongent #

Le détail sectoriel confirme un paysage éclaté. Du côté des bonnes nouvelles, la construction recule de 3,1 % avec 3 452 dossiers, et l’industrie manufacturière hors agroalimentaire s’offre même un repli marqué de 11,8 %, à 558 défaillances. Les services aux entreprises s’améliorent également (−1,7 %).

À l’inverse, les activités de proximité souffrent. La restauration cumule 1 694 défaillances, en hausse d’environ 10 %, tirée par la restauration rapide (764 dossiers, +15,8 %) devant la restauration traditionnelle (880, +6,3 %). Les débits de boissons progressent de 13,4 %, le commerce alimentaire de 15,3 %, et les activités de réparation bondissent de près de 29 %. Seules éclaircies dans le commerce : l’habillement, en recul de plus de 25 %, et la coiffure (−8 %).

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Ce que cela signifie pour les dirigeants

Pour un dirigeant de TPE ou de PME, la leçon de ce trimestre tient en deux points. D’abord, l’accalmie globale ne protège personne individuellement : les secteurs de proximité à faible trésorerie restent dans la zone rouge, et le passage direct en liquidation montre que beaucoup d’entreprises arrivent au tribunal trop tard, quand plus rien n’est négociable. Ensuite, les dispositifs de prévention — mandat ad hoc, conciliation, entretien confidentiel avec le tribunal de commerce — se jouent en amont, dès les premiers impayés ou le premier découvert structurel, pas au moment de l’assignation.

Un quatrième trimestre sous surveillance #

Altares anticipe près de 19 000 défaillances supplémentaires possibles sur le dernier trimestre de l’année — une projection, pas un résultat acquis, mais qui porterait le millésime 2026 dans la fourchette haute des années récentes. La stabilisation est réelle ; la décrue, elle, n’a pas commencé. Pour les chefs d’entreprise comme pour leurs conseils, la vigilance sur la trésorerie reste la règle d’or de cette fin d’année.

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