Les banques continuent de prêter aux PME, mais elles le font plus cher. C’est l’enseignement principal de l’enquête trimestrielle sur l’accès des entreprises au crédit publiée par la Banque de France le 20 octobre : au troisième trimestre 2026, la perception d’une hausse du coût du crédit s’accentue nettement, alors même que les taux d’obtention restent remarquablement élevés. Pour les dirigeants et les directions financières, le sujet du trimestre n’est plus « vais-je obtenir mon financement ? » mais « combien va-t-il me coûter ? ».
Plan de l'article
Le coût du crédit, préoccupation numéro un #
Les chiffres de l’enquête sont sans ambiguïté : 41 % des PME déclarent une hausse du coût de leurs crédits au troisième trimestre, contre 25 % au trimestre précédent, soit un bond de 16 points. Chez les entreprises de taille intermédiaire, le mouvement est encore plus marqué : 58 % des ETI constatent un renchérissement, en progression de 31 points sur trois mois.
Comme le souligne Économie Matin, qui a analysé l’enquête, ces pourcentages mesurent une perception des entreprises interrogées — ni un taux d’intérêt moyen, ni une proportion de dossiers refusés. Mais une perception partagée par quatre PME sur dix, en forte accélération, dit quelque chose de très concret : les conditions tarifaires proposées lors des renouvellements et des nouveaux dossiers se sont durcies.
L’accès au crédit, lui, tient bon #
Le paradoxe apparent du trimestre, c’est que le robinet reste ouvert. Pour les crédits d’investissement, 96 % des PME et 99 % des ETI obtiennent la totalité ou au moins 75 % du montant demandé. Des niveaux qui restent parmi les plus favorables observés depuis la création de l’enquête.
Les crédits de trésorerie, traditionnellement plus sélectifs, affichent des taux d’obtention de 81 % pour les PME — en léger repli par rapport aux 83 % du deuxième trimestre — et de 94 % pour les ETI, en petite progression. Le financement du cycle d’exploitation demande donc un dossier un peu mieux préparé, mais il ne se ferme pas.
Pourquoi cette dissociation entre volume et prix ?
Ce découplage — un crédit accessible mais plus cher — s’explique par la position des banques dans le cycle : plutôt que de rationner le crédit, elles répercutent leurs propres conditions de refinancement et ajustent leurs marges en fonction du risque perçu. Pour l’entreprise, la conséquence est directe : la négociation se joue désormais sur le taux, les garanties et les covenants, beaucoup plus que sur le principe même de l’accord.
Comment réagir côté entreprise #
Premier réflexe : remettre ses banques en concurrence, y compris pour un renouvellement de lignes qui semblait acquis. Quand 41 % des PME voient leurs conditions se durcir, l’écart entre la première offre et la meilleure offre du marché justifie à lui seul le temps passé à consulter.
Deuxième levier : soigner le dossier de trésorerie. C’est sur ce segment que les taux d’obtention s’effritent légèrement pour les PME. Un prévisionnel de trésorerie documenté, des encours clients maîtrisés et une communication transparente sur le carnet de commandes font la différence entre un accord plein et un accord partiel.
Troisième piste : arbitrer le calendrier. Les demandes d’investissement restant très largement servies, un projet structurant mérite d’être présenté sans attendre, quitte à phaser le tirage. À l’inverse, pour un besoin de trésorerie ponctuel, il peut être pertinent d’examiner les alternatives — affacturage, mobilisation de créances, financement de stock — dont le coût relatif s’est parfois rapproché de celui du découvert bancaire.
Enfin, le pilotage du poste financier redevient un sujet de direction générale : dans un environnement où le prix du crédit monte plus vite que son accessibilité ne baisse, chaque point de base négocié se retrouve directement dans le résultat.
Questions fréquentes #
Les banques refusent-elles plus de crédits aux PME en 2026 ?
Non. Au troisième trimestre 2026, 96 % des PME obtiennent tout ou l’essentiel de leurs crédits d’investissement et 81 % de leurs crédits de trésorerie, selon la Banque de France. C’est le coût qui se durcit, pas l’accès.
Que signifie le chiffre de 41 % exactement ?
Il s’agit de la part des PME interrogées qui déclarent une hausse du coût de leurs crédits au troisième trimestre 2026 — une mesure de perception, en hausse de 16 points par rapport au trimestre précédent.
Les ETI sont-elles mieux loties que les PME ?
Sur l’accès, oui : 99 % d’obtention en investissement et 94 % en trésorerie. Sur le coût, non : 58 % des ETI perçoivent un renchérissement, contre 41 % des PME.




